Pendant de longs mois j’ai adopté le mal-être comme mode de vie.
Les lecteurs de l’ancien blog de Petite Momie, se souviendront de cette déchéance, de cette marche lugubre vers l’anéantissement de soi.
J’ai œuvré avec une application des plus forcenées, à mon autodestruction.
L’idée d’un imminent suicide sans arrêt m’a perforé l’esprit.
Je voulais décider de ma mort, de son heure, du jour, de l’endroit.
Quelquefois assise sur une chaise, j’imaginais mon cadavre blême retrouvé un matin, mes poignets ouverts et ensanglantés, une lettre d’adieu à mon chevet… Cette vision me consternait et je
pleurais ainsi des heures entières devant l’image de ma propre mort.
Je ne me suis jamais aimée pour tout vous dire.
Mais jusqu’il y a un an, je parvenais encore à dissimuler ces douleurs intérieures sous des voiles de gaieté excessive, sous de fausses apparences de joie de vivre, puis vint un jour où la comédie ne fut plus de mise, un jour où il me fallut choisir entre souffrir entièrement ou guérir totalement. Je choisis la
première option.
L’alcool me fut un illusoire remède.
Je ne buvais jamais en compagnie, je préférais l’ivresse solitaire, la plus exquise.
Je buvais quelques bières ou mieux, quelques verres de vin et j’oubliais le monde, j’oubliais mes tourments, j’oubliais jusqu’à mon nom, je m’affalais sur mon lit et je riais aux éclats –imitant ainsi le rire des gens heureux- souvent le soir, pour me consoler de quelque déboire, je me caressais cet organe si cher aux femmes, et je jouissais dans un râle si connu des hôpitaux, le râle des mourants. Des larmes silencieuses brouillaient par la suite ma vue et creusaient des sillons profonds dans mes joues.
Aujourd’hui je vais mieux vous disais-je tantôt.
Mais je n’arrive toujours pas à m’aimer.
L’amour de soi est un apprentissage bien trop pénible pour qui a pendant longtemps cultivé le mépris de soi.
Et quand viendra la mort, mon plus gros regret ne sera pas celui d’avoir vécu aussi imbécilement. Non, un regret plus lourd et plus terrible que tous les regrets de l'humanité entière réunis, me nouera la gorge : celui de ne pas m’être aimée.


